Copies du Coran, Rencontre Annuelle des musulmans de France au Bourget, 18 avril 2014
Indignés par les attentats, les Arabes, dans leur désir de défendre l’islam, se réfèrent à la racine étymologique qui veut qu’islam signifie la paix. Or, il suffit de regarder Lisân al-’arab d’Ibn Manzûr (l’Encyclopédie philologique du XIIIe siècle) pour s’apercevoir de la complexité de l’approche linguistique. Si « islam » dérive de la racine s.l.m. qui donne salâm, silm (le salut, la paix), cette signification se heurte rapidement à une réserve. Le salâm s’adresse seulement à celui qui emprunte al-hudâ (la « bonne voie ») prêchée par le texte. Un cœur salîm est celui qui est exempté de la mécréance. La soumission à Dieu s’avère « soumission aux seules lois de la charia » (Ibn Manzûr) énoncée par le prophète. Et cette dernière devient « la soumission devant le vainqueur ». Et comme la langue arabe est une langue des addad (mots aux sens opposés), salâm désigne aussi bien l’individu qui jouit de la paix que le prisonnier ou celui qui capitule devant le vainqueur ou devant ses pulsions car al-istislâm est al-inqiyâd (les conduites d’excès). Aslama fî atta’âm c’est manger avec excès (être dans une oralité compulsive). Enfin, le vocable désigne aussi bien la protection que ashshawk, l’épine, ce qui blesse et fait saigner.
Allons-nous dans notre réflexion sur l’islam - comme fait religieux – continuer à brandir l’étendard de la sémantique (Dans ce cas pourquoi choisir une seule signification aux dépens des autres ?) ou...