L'histoire nous a enseigné que les multiples actions de combat et de lutte du peuple algérien contre l'oppression coloniale,n'étaient aucunement des improvisations hasardeuses ou des anticipations utopiques,et ne sont devenues réalité frappante que gràce à la foi inébranlable adossée au génie créateur de ses précurseurs ,animés d'une ferme détermination de croire à leur juste cause,au point de ne pas hésiter à aller au sacrifice supreme ,dans la dignité,les armes à la main.
58 ans après ,l'aube revient toujours sur les monts de Mermoura pour éclairer le mémorial du souvenir qui veille sur les martyrs de ce haut fait d'armes,tout en conservant sous ses pieds l'épave du fameux hélicoptère du type "alouette",l'engin volant qui s'écrasa avec le chef du régiment d'étrangers parachutistes engagés dans la bataille.
Le sinistre lieutenant-colonel Pierre Paul Jean Pierre ne cessait de fanfaronner sur sa participation à l'agression tripartite criminelle contre l'Egypte nasserienne en 1956,ou ses activités contre les "fellagas" de l'Ouarsenis et qu'il serait en "mission particulière" à Guelma pour mater la rébellion .Cet officier qui parlait trop devant sa galerie de colons, avait toutefois oublié d'évoquer sa piètre prestation devant l'assaut final du 7 mai 1954,mené par un certain Vo Nguyen GIAP et la déroute des armées de Mariane dans la cuvette de Dien Bien Phu.
L'on revisite l'histoire de notre longue marche vers la liberté à travers ce haut fait d'armes où l'intelligence et l'esprit d'initiative des éléments d'une unité combattante de l'ALN ,composée d'ouvriers et de paysans ,sortis de la gangue de leur condition infra-humaine ,avaient mis en déroute le contingent d'une armée régulière composées des "héros" de Suez-Port Said,des "professionnels"du bataillon de Corée,soutenus par les bérets colorés,la légion étrangère,les blindés,l'artillerie lourde,les hélicoptères de combat les chasseurs T6 et les bombardiers B26 de l'OTAN.

Le contexte de l'époque était marqué par le retour du Général De Gaule aprés l'effondrement de la 4è république.Il avait obtenu les pouvoirs absolus , se fixant l'objectif de " casser la rébellion ", en lançant toutes ses potentialités dans un déluge de feu contre la révolution algérienne,qui mettait en échec l'entreprise tendancieuse de pacification et de fraternisation,tout en déjouant ses plans et sa stratégie martiale à outrance.Les unités de l'ALN disposaient alors de plusieurs zones libres "arrachées" sur le terrain,et cet état de fait irritait énormément le chef de la place militaire à Guelma ainsi que son compère le colonel De Seize,chef du bataillon de Corée,en stationnement à Oued Zenati,décidant conjointement de briser l'élan de solidarité qui mobilisait les populations urbaines et rurales autour des combattants de l'ALN,qui essaimaient les maquis et se manifestaient par des entreprises armées de guerilla aussi intrépides qu'audacieuses et téméraires .
Le 27 mai 1958,l'opération baptisée "taureau 3",était peaufinée par la fine fleur de l'élite des officiers sortis des écoles de Saint-Cyr et de Saint-Maixant,mettant en scène plus de 3000 hommes suréquipés et déployés en mode ratissage sur les monts de Sersara,Debagh,Taya,Mermoura,Staiha et Beni Melloul,en vue de déloger uène poignée de maquisards,armés pour la plupart,d'armes individuelles,d'un bazooka et d'une mitrailleuse,un modeste butin issu de précédentes confrontations avec l'ennemi. L'unité combattante de l'ALN s'était retrouvée encerclée et ses éléments avaient décidé d'adopter une tactique défensive intelligente,en se positionnant en hauteur pour dominer les forces assaillantes,qui sont contraintes à remonter à découvert le terrain escarpé.La mobilité des tireurs en amont donnait l'impression du nombre et le feu nourri constituait un efficace barrage mouvant autant meurtrier qu'infranchissable.Cette stratégie défensive faisait subir des revers cinglants à la soldatesque coloniale,mettant leur commandement dans l'obligation de recourir à la couverture aérienne et à l'artillerie lourde.L'officier Jean Pierre fut exacerbé de voir ses hommes en replis répétés et incapables de progresser verts ces hauteurs qui crachaient le feu sans répit.Il prit alors l'initiative de les faire revenir à la charge en les menaçant avec son arme de poing,à partir de son hélicoptère.La manoeuvre fut observée par les moudjahidine qui avaient réagi instinctivement avec des tirs concentrés sur l'hélicoptère volant à basse altitude et à leur portée.C'était la vengeance des justes.L'hélicoptère atteint avait commencer à tournoyer avant d'aller s'écraser au sol,provoquant la mort du pilote et de l'officier premier qui dirigeait la bataille.Durant toute la journée ,nos combattants subissaient les pilonnages intenses de l'artillerie et les bombardements à tatonnement des avions qui ne se privaient nullement de lacher du phosphore et du napalm.
Les soldats français s'étaient embusqués dans un espace triangulaire ,guettant son unique voie d'évacuation
qui risquait d'etre utilisée à la faveur de l'obscurité.Au cours de leur tentative de dégagement de l'étau mortel,Tahar Dahmoune,Khelifa Khatla,Mahmoud El Harrouchi et leurs autres compagnons,livrèrent l'ultime bataille en infligeant à l'ennemi de lourdes pertes et donnèrent ainsi une leçon exemplaire de bravoure avant de tomber sous le nombre,mais les armes à la main.

En mai 1958,à Mermoura,l'armée française avait été humiliée très profondément,par une poignée d'hommes qui avaient pris les armes pour défendre leur noble cause .A Mermoura ce jour là,des hommes s'étaient sacrifiés dans la dignité.Aujourd'hui,par reconnaissance et sans renoncement ,nous nous devons de défendre leur mémoire.L'on se doit de marquer une halte et de mesurer le chemin parcouru par notre peuple sur l'échiquier du développement et du progrès.L'on se doit aussi de réajuster sa mise en orbite vers un avenir plus prospère,sans hypothéquer les droits des générations montantes,ni dévier du sens de l'histoire,en évitant de végéter dans les arcanes du sous-développement , de la dépendance et au milieu des incertitudes des lendemains périlleux.Nous nous devons de rester en état de veille contre toutes les formes d'oppression et les tentatives malvenues de déstabilisation ,fomentées par les irréductibles revanchards de la cinquième colonne et les doctes de l'ingratitude en quete de brebis égarées pour les envouter d'obscurantisme et les lancer dans l'inconnu.La résolution salvatrice résiderait autant dans le devoir de mémoire pour que la mémoire se ravive,mais aussi dans la mise en évidence de la notion du travail,en comptant sur soi par l'effort et la sueur,comparativement à l'engagement dans l'abnégation de nos ainés qui sont allés au delà de l'effort et de la sueur pour payer le tribut du sang.