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ENTRETIEN

 

Mohcine Belabbas, président du RCD : « La France est privilégiée en Algérie sur un certain nombre d’intérêts »

 

22h40  mercredi 13 avril 2016 | Par Hadjer Guenanfa | Actualité 

 

Belabbes - TSA
Mohcine Belabbes, Président du RCD (Photo : H.G.)

 

Vous n’avez pas pris part au dernier sommet de l’opposition. Pourquoi ?

 

Le RCD a été très bien représenté au dernier sommet de l’Icso. La délégation du RCD était de haut niveau, constituée de secrétaires nationaux qui représentaient bien le parti. D’ailleurs, le RCD n’était pas le seul à ne pas être représenté par son président. Cela n’a jamais été le plus important.

 

Pourquoi n’étiez-vous pas personnellement présent ?

 

Je ne suis pas venu parce que j’avais d’autres engagements. Mais nous avons fait en sorte à ce que le RCD soit représenté et à ce qu’il communique. Si on voulait manifester un recul, on aurait procédé autrement. Le RCD reste engagé dans cette instance puisqu’il est l’un des principaux initiateurs de ces deux structures, la CNLTD et l’Icso.

 

Le RCD croit-il toujours à ce mouvement ?

 

Le RCD croit toujours que l’opposition a intérêt à discuter entre ses différentes composantes et à agir ensemble. Il faut reconnaître que l’opposition algérienne a réussi pour une fois à maintenir une structure comme celle-ci durant plus de deux ans. Évidemment, dès le départ, il était très clair qu’on allait arriver à un moment où ça sera très difficile d’avancer. Peut-être qu’il fallait discuter un peu plus entre nous sur la manière d’agir et les thématiques à aborder.

 

Êtes-vous donc arrivé à ce moment où il est très difficile d’avancer ?

 

Oui, il est très clair qu’on est arrivé à ce moment.  Dans ses communications, le RCD n’aime pas brosser dans le sens du poil parce qu’il veut que l’initiative réussisse. On essaie d’aborder les questions de manière sérieuse et objective pour faire avancer les choses. À chaque fois qu’on a communiqué au cours de ces différentes réunions, on a fait en sorte à ce qu’on zoome sur les vrais problèmes qu’on doit aborder. Depuis une année, le RCD évoque au niveau de cette instance l’importance d’aller vers des actions d’envergure telles que des meetings, des sit-in, des actions de rue.

 

Croyez-vous toujours que l’Icso, qui regroupe des tendances et des personnalités hétéroclites, peut toujours constituer une alternative sérieuse ?

 

L’Icso n’a pas été créée pour constituer une alternative mais pour faire en sorte à ce que des partis politiques et des personnalités analysent et réfléchissent ensemble à une alternative.

 

La dernière image de Bouteflika montre un président malade. Appelez-vous à sa démission ou à l’application de l’article 102 (article 88 dans l’ancienne version de la Constitution) ?

 

Au niveau du RCD, il y a toujours eu de l’anticipation. Si nous avons été écoutés lors du viol de la Constitution en 2008, on ne serait pas arrivé à cette situation. En 2009, le RCD a été jusqu’à hisser un drapeau noir pour dire que ce mandat va mener l’Algérie vers la catastrophe. En décembre 2012, nous étions les premiers à appeler à l’application de l’article 88. Nous n’avons pas attendu que la situation s’aggrave. Depuis 2014, nous sommes passés à une autre étape. Nous parlons de transition. Désormais, le problème ne se limite pas au chef de L’État mais tout le système politique qui doit changer.

 

Concrètement, êtes-vous encore pour l’application de cet article ?

 

Le RCD pense que l’application de cet article aujourd’hui est très insuffisante. D’abord, appeler à l’application de l’article 102 est reconnaître de façon tacite la nouvelle Constitution alors que nous avons précisé, dès le départ, qu’elle ne nous engage pas. Nous avons dit qu’elle n’est pas crédible et pas consensuelle. Ensuite, l’article en question prévoit l’organisation d’une élection dans un maximum de trois mois. Donc une élection sans instance indépendante alors qu’au RCD nous préconisons une instance indépendante de gestion de toutes les élections.

 

Est-ce que l’application de l’article 102 de la Constitution ne pourrait pas être un début pour une période de transition ?

 

Une période de transition est plus importante que l’application de l’article 102 (ex-art.88) de la Constitution. Au niveau du RCD, de la CNLTD et de l’Icso, nous avons une plateforme que nous avons élaborée le 10 juin 2014 et où nous avons défini ce que devrait être cette période de transition. Nous avons également parlé d’un gouvernement d’union nationale, de Constitution consensuelle, de présidentielle anticipée. La gravité de la situation appelle une décision politique forte.

 

Appelez-vous toujours à son départ ?

 

On demande le départ de tout le système dont Abdelaziz Bouteflika. Au RCD, nous n’avons jamais parlé d’un président de la République mais d’un chef d’État qui a été désigné comme ses prédécesseurs.

 

Pensez-vous que la France apporte sa caution à Bouteflika ?

 

Plusieurs États étrangers apportent leur caution parce que la situation de l’Algérie les arrange et leur permet de garantir un certain nombre d’intérêts et d’avantages. Mais le plus important est de savoir ce que font les Algériens (les partis politiques d’opposition, les citoyens algériens, les institutions tels le Parlement, le Conseil constitutionnel, la justice…) dans ce genre de situation. La France a toujours cautionné les différents pouvoirs algériens. Elle a toujours été la première à saluer les fraudes électorales surtout au lendemain des élections présidentielles.

 

La France est-elle privilégiée en Algérie, dans le domaine de l’économie ?

 

La France est privilégiée sur un certain nombre d’intérêts. Sauf qu’elle n’a jamais été convaincue de l’utilité d’investir dans un pays comme le nôtre puisque le climat ne s’y prête pas. L’exemple de l’usine de Renault et le projet Peugeot qui est en souffrance sont révélateurs. À chaque fois qu’elle a voulu investir de manière sérieuse dans un pays du Maghreb, la France a choisi le Maroc. Et on ne peut pas parler de privilèges à long terme. Les Français essaient de profiter d’une situation tout en sachant qu’elle ne va pas durer trop longtemps

 

À son retour, Chakib Khelil a été accueilli chaleureusement et a même été honoré par une zaouïa. Qu’en pensez-vous ?

 

Sur Chakib Khelil, le RCD a toujours été clair : le minimum est qu’il soit entendu par la justice, au moins comme témoin. Cela est dans l’intérêt de l’État algérien de faire en sorte à ce que la justice entende cet ex-ministre et c’est dans son propre intérêt s’il considère qu’il n’a rien à se reprocher.

 

Quelles pourraient être les raisons de son retour ?

 

Je ne peux pas répondre à cette question même si dans la pratique du pouvoir algérien, ce genre de retour prépare toujours des surprises. La mise en scène qu’on a eu à constater notamment son passage par une zaouïa suggère qu’il y a quelque chose en préparation. Cela ne veut pas dire que le plan va réussir.

 

Le traitement fait par Le Monde du scandale Panama Papers par rapport à l’Algérie a suscité des tensions entre les deux pays. Comprenez-vous la colère d’Alger ?

 

Je ne comprends pas la colère du pouvoir algérien. Évidemment, il est tout à fait normal que l’État tente de défendre son image quand celle-ci est écornée par la presse étrangère. Sauf qu’il y a une autre manière de faire que celle de refuser des visas aux journalistes pour venir couvrir un événement aussi important pour leur pays. Je ne comprends surtout pas cette colère parce que le pouvoir algérien a toujours usé de ce genre de pratiques, notamment contre l’opposition algérienne. Le RCD a toujours été victime des pratiques de la presse notamment de l’ENTV qui a fait pire que Le Monde.

 

Une conférence programmée dans le cadre de la célébration du 36e anniversaire du Printemps berbère a été interdite par les autorités. Comment interprétez-vous cela ?

 

Durant 2016, il y a un certain nombre de conférences interdites en Kabylie et ailleurs. Ces interdictions prennent à chaque fois une certaine forme. En tant que parti, on n’a pas obtenu l’autorisation pour faire une conférence dans une salle publique à Boghni par exemple. Nous avons été confrontés au même problème dans une commune à Béjaïa. La dernière conférence interdite n’est pas une activité du RCD. À l’université, il y a toujours eu des collectifs d’étudiants structurés dans des associations ou bien des clubs scientifiques ou autres qui organisent des activités dont les animateurs sont des acteurs politiques. Et ces activités prennent de l’ampleur à l’occasion du 20 avril. Elles n’ont jamais été interdites de manière ferme malgré les tentatives.

 

Que s’est-il passé cette année ?

 

Cette fois-ci, il y a une décision ferme d’interdire cette conférence. On se pose justement la question : quel est l’objectif de cette interdiction quand on sait qu’à l’origine d’avril 1980 était l’interdiction d’une conférence. On se pose également la question puisque la conférence devait avoir lieu au niveau de l’université qui est censée être un lieu de débat et que le sujet de cette rencontre était la place de la langue amazigh dans la nouvelle Constitution. On se pose aussi la question parce que d’autres conférences ont été autorisées dans l’université algérienne. Dans un premier temps, il appartient d’abord aux étudiants de réfléchir à la manière de répondre à cette interdiction.

 

Est-ce que votre marche prévue le 20 avril est toujours maintenue ?

 

Chaque année, le RCD organise des marches autour de cette célébration. Le RCD est le seul parti politique à avoir été constant sur cette question de la revendication du tamazight comme langue nationale et officielle. Ce rendez-vous est encore plus important en 2016 parce qu’on a vu le sort réservé au tamazight dans la Constitution algérienne qui n’était qu’une manœuvre de plus contre tamazight. Le slogan principal de ces marches qui se tiendront à Bouira, Béjaïa et Tizi Ouzou sera : « Pour l’officialisation effective de la langue amazigh » parce que ce n’est pas le cas pour l’instant.

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